Astorga – Espagne

 

Salut et fraternité.

 

Rapport faisant suite à notre affaire en terre d’Espagne les 28, 29 et 30 avril dernier.

 

Il y a longtemps que notre régiment voulait fouler la terre d’Espagne, pays où notre régiment a tellement souffert et s’est couvert d’une gloire éternelle.

Le bicentenaire d’Astorga allait être le premier évènement espagnol de la 8ème demi-brigade, et nombre de braves répondirent présent pour porter dignement le numéro de notre régiment au fond de l’Empire.

 

Après un voyage des plus long, et nombre d’embuches comme la perte d’une de nos mini charrette, qui choisit de prendre un chemin moins direct pour tenter de contourner l’ennemi … nous nous sommes retrouvé à Astorga, diable quelle terre inhospitalière. Par bonheur un détachement de la 8 nous avait précédé et commencer à installer notre lieu de bivouac, grand merci au sergent cousin, l’intendant moustache et dame l’estafette, car une bonne souplette attendait nos hommes qui après ce long voyage étaient en grande fatigue.

 

Nous étions le 28 avril 1812, et nous savions qu’une armée espagnole venait vers nous pour prendre Astorga, le temps nous était compté.

 

La 8ème, fidèle à elle-même, se mit rapidement en ordre. Le bivouac fut monté, les hommes habillés, les escouades formées. Premier objectif, montrer à ces Espagnols que la 8ème était présente dans les murs d’Astorga. La compagnie se réunit donc et sous les ordres de notre capitaine sacristain et dans un ordre parfait nous nous sommes improvisé un défilé en ville, jusqu’à la cathédrale. Là nous avons formés nos faisceaux et nous avons entamé la discussion avec les habitants de cette ville pour ainsi leur montrer que la 8ème était présente et que leur « libération » ne serait pas une mince affaire. De plus en bon vieux soldat, notre capitaine avait mission de voir où nous allions nous battre et après un rapide constat, il était évident que les espagnols auraient une mission délicate en face de nous. Soudain diable …. Enfin un lieu digne de nos anciens …. Un estaminet portant le nom d’Impérial et comme numéro le 8 … si cela n’était pas écrit …. En bon grenadier de France, nous ne pouvions certes pas ne pas honorer dignement cet établissement, ce fut donc fait de la plus festive des manières. Mais la générale bat, et en grognant nos hommes reprennent leur rangs, direction notre bivouac.

Arriver au bivouac, la discipline reprend le dessus, les hommes de corvées sont nommés et la triste vie de soldat et vivandière reprend ses droits.

 

Pendant que les hommes et femmes de la 8 vaquaient à leurs occupations,  le capitaine fit réunir ses major et sergents. En effet un acte répréhensible avait était commis, et notre capitaine voulait pour une première fois au sein de notre régiment, réunir un conseil de guerre pour juger un des nôtres. En effet ce bon caporal la gaule avait manqué dans l’entretien de son havresac, et notre capitaine eut grand mal a le remettre dans l’état, c’est pourquoi il décida de mettre cette vieille moustache devant un tribunal militaire …. Oh rien de bien méchant, la peine capitale ne pouvait être prononcé pour un si valeureux soldat. Le conseil se réunit donc sous la présidence de notre capitaine, le sergent major cousin, les sergents la bombarde et la rose et le caporal casse-noisette. Notre la gaule avait pour défendeur le caporal sans nom. J’évoquais donc les faits, et malgré une belle défense du caporal sans nom, qui s’oublia en mettant  la parole de son capitaine en doute (qui lui voudra peut être punition) l’évidence était là, et la sentence tomba …. Rappel du règlement et coup à boire à son capitaine.

 

Le repas prêt, les grenadiers se réunirent pour la soupe du soir, grand coup de chapeaux à nos dames et intendants en chef. Nombres de chants ont accompagnés nos godets devant un beau feu nourrir sans relâche par notre bon vieux moustache. Belle soirée entre frères d’arme si loin de leur terre ….. Bel esprit si cher à notre régiment.

Il est à signaler que quelques grenadiers se mirent en route pour une virée en ville, ordre fut donné de ne pas se promener seul, et de toujours s’attendre ….. Et ce sous les ordres de notre capitaine.

 

29 avril 1812 ….. Jour de bataille….. Contre les éléments comme nous le verrons. Diable de pays.

Réveil à 07h00, tous grenadiers étaient frais et prêt dans les temps …. Si si… Enfin presque ! Il a fallu de nouveau servir un café à notre bon capitaine dans sa tente … la tradition mOnsieur.

Avant le petit déjeuner notre capitaine fit réunir les hommes pour les motiver devant la venue prochaine des troupes espagnoles sur Astorga, de plus nous avions vu qu’il y avait un endroit pour se nettoyer un peu … nombre de grenadiers avaient en effet besoin du bonne toilette. Après avoir détaillé le bien fondé de la « tiche propre » notre bon capitaine demanda les volontaires pour la toilette …. Et diable, un seul homme fit un pas en avant, comme quoi le grenadier en bataille préfère garder son odeur naturelle pour les futures conquêtes féminines qu’il fera après la bataille …. Des hommes ces grenadiers de la 8 ……

 

Le petit déjeuner fut loin d’être petit.

Les grenadiers se réunirent par escouades pour le lieu de rassemblement en vu de l’école du soldat, notre compagnie fut renforcée par de braves espagnols, fidèles à l’aigle de la 8ème, honneur à nos frères d’Espagne.

Quelques hommes de corvée sont restés au camp pour préparer avec nos dames les légumes du soir, ou pour nettoyer un fusil sale, n’est ce pas fonfon.

 

Après l’école du soldat, les ordres étaient tombés, notre maréchal la carotte avait l’envie de montrer à ces espagnols la force impériale en faisant un défilé en ville sur les 12h00 jusqu’au lieu de la bataille, que la marche fut longue, mais celle-ci était accompagné d’un beau soleil, calme avant la bataille ou …tempête.

 

Sur le lieu de la bataille, les autorités espagnoles eurent ordre de nourrir les troupes impériales, le repas fut donc …. local, je crois même que le poisson était encore en vie.

Après une longue attente, la compagnie de la 8ème se mit en route vers le lieu de rassemblement en vue de la bataille. Le temps était long, les hommes grognaient, un espagnols d’Astorga nous dit, que les troupes d’Espagne ne se battaient pas sans avoir fait une prière et une … sieste. Soit attendons le bon vouloir des ces diables d’ennemis à la liberté.

Enfin les troupes espagnoles s’avancèrent pour en découdre …. Mais le climat aussi.

Nous voici devant une chose qui n’est jamais arrivé à la 8ème demi-brigade …. L’arrêt d’une bataille devant les éléments climatiques.

Juste avant la bataille une pluie fine vient saluer l’arrivée des troupes adversaires, cette pluie forcie au point de devenir une avalanche de grêles. L’ordre fut de marcher vers l’avant en tirailleur, marche longue il est vrai ….. Au lieu de contact, l’ordre de faire feu fut lancé, peu de coups partirent, devant la folie des troupes françaises sous un déluge de grêles, les troupes d’Espagne fuirent, le champ de bataille était à nous, ainsi que la victoire, une victoire bien étrange il est vrai, mais victoire tout de même. Drôle de pays et drôle de gens.

Devant les éléments, notre capitaine nous mit à l’abri dans un estaminet réquisitionné, les braves espagnols firent nombre d’efforts pour nous servir quelque chose de chaud, on doit toujours être aimable devant les vainqueurs, c’est une règle d’or.

Honneur aussi à la maire d’Astorga qui ramena nos dames et nos jeunes tambours vers un endroit sec.

 

Pendant que les grenadiers réchauffaient leur corps, le sergent major cousin, le grenadier le baveux et moi même, se mirent en route avant la troupe pour voir les dégâts, que les grêles avaient causés au bivouac, seul notre cantine avait subit de légers dégâts, vite réparer.

Honneur à notre maréchal la carotte qui était en train de ranimer nos feux. Nous profitâmes de ceux-ci pour faire du vin chaud.

 

Le climat se fit plus clément ensuite, le calme après la tempête.

Le souci premier fut de nous réchauffer et de faire sécher nos effets auprès du feu. Le repas prit du retard devant ce besoin légitime. Mais nos cousins d’Espagne avaient la délicatesse de préparer de bonnes viandes, pour festoyer dignement devant notre victoire, grand merci à eux. Après avoir récupérer leur feu, que des polonais avaient prit pour se sécher, nous nous sommes mit à l’ouvrage pour présenter un digne repas à tous les grenadiers de la 8. Honneur à nos cuistots d’occasion, les grenadiers le défroqué, P O et le baveux qui mirent du cœur à l’ouvrage et honneur à nos dames qui mirent du soin dans la présentation du dit repas.

La soirée fut festive, et nombre de chants accompagna nos godets.

Les grenadiers voulurent continuer la fête en ville. Ordre fut donné de rester ensemble et de ne pas laisser d’hommes en arrière, de peur de les voir égorgés par des guérillos. L’ordre fut respecté, et personne resta seul ….. Même si il fut délicat pour certain de rattraper quelques autres.

 

30 avril 1812, dimanche.

Jour sain pour les espagnols, mais pas pour des grenadiers d’une demi-brigade.

Vu la journée de la veille (intempéries et fête), le réveil fut délicat pour tous…. Et les hommes se mirent doucement en route pour  mettre au propre leurs effets et s’équiper au mieux.

Le petit déjeuner fut agréable, grâce à la délicate attention de nos frères d’Espagne de nous faire des chiros.

Notre capitaine se mit à réunir sa troupe pour délivrer la déclaration de notre maréchal. Les troupes espagnoles étaient aux portes de la ville, il fallait donc nous battre de nouveau contre eux. Et bien soit, le combat de la veille n’avait pas vraiment été un combat, nombre d’entre nous étions content de nous remettre en ligne.

 

Les troupes impériales sous les ordres de notre maréchal, se mirent donc en route vers les remparts de la ville, non loin de la cathédrale, où le premier jour nous avions fait une école de soldat, et où notre capitaine avait fait « son propre plan de bataille »

La défense d’une citadelle …. Art bien connu des anciens ayant fait les campagnes de Bourtange aux Pays Bas, et bien une fois que les espagnols montrèrent le bout de leur nez, et après quelques feux de bataillon ordonnaient par notre maréchal, l’ordre fut lancé par notre capitaine de faire un feu d’enfer … et le grenadier de la 8 est un artiste dans ce domaine, nombre de cartouches furent tirées, et nous étions bientôt à court lorsque notre maréchal informa notre capitaine que nous étions tournés après le peu de valeur au combat d’une troupe allié. Notre capitaine ordonna un repli stratégique vers la place de la cathédrale, afin d’être au mieux se placer pour la suite de la bataille. Belle vision il est vrai.

Après un premier tir de peloton, l’instant du premier contact fut ordonné. Notre chef commanda un contact par section, le premier contact de la première cassa l’élan espagnol, le contact de la second le refoula. Cela arrêta net l’impétuosité des espagnols, les fous ….

Plus le combat avançait plus nous nous rendions compte que nous étions en infériorité numérique. La 8 continuait son ouvrage, mais l’ordre fut donné de se replier par échelon de section …… plus nous arrêtions les espagnols, plus ceux-ci tournaient notre ligne par la droite ou la gauche. L’instant était critique il est vrai pour les armes française.

Soudain nous nous sommes retrouvés sur la place de l’estaminet « l’impérial au numéro 8 ». Nous ne pouvions laissés aux espagnols la prise de ce lieu, rien que le nom gonfla d’orgueil nos grenadiers ….les hommes avaient soif après un si dur combat, les commandes de bières couraient déjà la ligne (grand merci au caporal sans nom, quelle rapidité dans la prise de commande)

L’ordre fut donné par notre chef, nous nous défendrons sur place jusqu’à la mort, hors de question de reculer encore et encore, même sur ordre de notre maréchal.

Notre ligne se forma, et après un combat âpre fait de tirs et de contacts notre capitaine et presque tous nos sous officiers furent touchés à mort … les hommes étaient ivres de rage, nous ne les tenions plus, le maréchal vient à nous, il voulait de nouveau faire reculer sa ligne de défense, je lui dis que la 8ème resterait ici pour venger la mort de son chef, devant ma résolution, il céda, et nous laissa à notre digne sort. Contact après contact nos rangs tombaient, mais nombre espagnols ont payés de leur vie la perte de notre capitaine et de nos sous officiers.

La compagnie des grenadiers de la 8ème demi-brigade n’était plus. Nous étions tous tombés au champ d’honneur à la défense d’Astorga. Même nos jeunes tambours furent touchés, nos dames de cœur pleurèrent la perte de leur brave.

Il est dit que ce n’est pas la 8ème qui laissa prendre la ville d’Astorga, puisque nous étions morts pour sa défense. Encore une page héroïque à inscrire à notre aigle.

 

Devant notre digne défense les espagnols ont laissés nos blessés à la charge des habitants d’Astorga (je sais ce n’est pas possible mais bon …..)

Ceux-ci se réunirent donc au haut lieu de l’estaminet « impérial au numéro 8 » pour festoyer dignement à la première campagne d’Espagne de la 8, campagne des plus rude il est vrai, mais riche en souvenirs

 

L’heure de retour s’annonçait, cette diable d’Espagne ne nous laissa pas en paix, car il pleuvait à nouveau, il est donc vraiment temps de regagner nos terres.

 

Grand merci à tous pour cette première

La 8ème a marché comme à son habitude, que ce soit au bivouac ou en bataille et ce malgré le temps.

Grand merci à nos cousins d’Espagne pour la viande et les chiros du dimanche matin, honneur à eux, ceux-ci se sont parfaitement mit en ligne avec nous, pour une seconde fois et pour certains pour une première, c’était parfait.

Grand merci au CA de la 8 pour le travail, notre capitaine, notre lolo et aussi notre cousin en tête.

Vive la 8ème, vive la nation et s’il en reste …… vive le maréchal la carotte euh non, l’Empereur.

 

Sergent la rose

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Cet article a été publié dans Département 8ème Régiment d'Infanterie de Ligne 1805 1810. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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